Extraits de
Le bistrot des poèmes
de Benoit Dumont Gimenez
Voici trois poèmes
extraits
du recueil de Benoit Dumont Gimenez
Les illustrations que vous découvrirez
dans cet article, présentes dans le recueil,
sont de Marièva Sol.
L'illustration de la Première de
couverture
est de Jacques Ansan
Les yeux
ouverts
Je suis de ceux qui rêvent les yeux ouverts
On admire mieux de la lune l’immense vert
De notre terre bleue comme une orange.
Je suis de ceux qui nagent avec les anges.
Pardon aux piétons à qui j’écrase les pieds,
La tête pleine d’eau, j’ai le réel tout empêtré
De sublime avec les embruns de l’océan
En pêcheur d’images, je m’assois sur un banc.
Un poulpe s’accroche aux éperons d’un maréchal
Crottés par des Perlons, anarchisme radical.
Les usagers, avec le mal de mer du matin,
Prennent le poisson-chat de la ligne Quatre-vingt.
A marée haute, il est bondé comme de coutume
Et le courant de vie brûle de mille écumes.
Je suis de ceux qui brassent les yeux ouverts
On admire mieux de la mer notre atmosphère.
Pardon aux poissons à qui j’écrase les nageoires
Dans ma tête en l’air, j’ai le réel aléatoire
Je sculpte mes visions en folie docile ;
En homme poète, je m’assois sur une île.
Sur le cheval d’airain du général Nivelle
Je galope d’éclats de gouache en aquarelle.
Les usagers, dans les nuages, prennent le métro,
Mer de tranquillité terminus Porte Maillot.
Même au septième ciel, il est bondé.
Je suis de ceux qui vivent les yeux
fermés.
2011
Trois
notes
Nos existences tiennent en trois notes.
La seule partition dont on est certain.
Le prologue, l’action d’être en chemin,
Le final qui vient après la tremblotte.
La première est la note de ta naissance.
Quel incréé s’est tant créé à l’infini ?
Combien d’aînés se sont aimés en donner vie
Pour que le rien permette ta présence ?
La seconde est la seule en lumière.
C’est une montagne russe de sentiments.
Le temps file et te pousse loin devant
Pendant que tu regardes trop derrière.
La note ultime vibre dans l’immortalité.
D’abord, fleurs et regrets éternels en couronnes.
Puis ta réalité ne sera que bout de génomes.
Tu deviendras maillon de la chaîne des aînés.
Un air n’exprimant qu’une anecdote…
Un tour et puis s’en vont les illusions.
Alors profite du son de l’accordéon.
Car, en fait, Ta vie tient sur une note.
2010
Ma Bardot
Comme chaque jour, je me noie
A la pression du taulier.
Ma bouche est pleine de renvois.
Je suis mal dans mes étriers.
La pluie accable Paris.
Dans mon bistrot, je crève la mort.
Fait gris dans mon quartier pourri.
Et le patron qui m’ignore…
Des fois, y a de la joie,
Dans le cul de mon verre.
Des fois, sérieux, j’y crois
A quitter, pour de bon, ma bière.
A savoir pourquoi je bois,
Depuis le temps que je picole,
Je connais plus l’histoire, je crois.
Je l’ai noyée dans mon formol.
Je rêve d’un p’tit boulot.
Un truc simple, un plan michto,
Mais pas de gonzesse, pas de mélo,
Vu qu’en amour, j’ai eu ma Bardot.
Les clients l’appelaient Lolo.
Un beau minois. Un cul d’enfer.
Avec un gros cœur d’artichaut
Et de tendres yeux verts.
Elle m’a voulu. Elle s’est plantée.
Je l’ai prise. J’ai abusé.
Un prince charmant n’a, jamais,
Une ardoise au troquet.
Mais quelle idée tordue, elle a eue
De vouloir sauver l’ivrogne.
Vu que pour jouer l’élu
Faut des trous dans les pognes.
Pourtant, au début, j’y ai cru,
Comme une pub à la téloche.
Mots d’amour et jolie bru…
M’a même flanqué d’un gosse.
Le hic, c’est qu’à chaque rue
Y a des bistrots qui s’accrochent
A ton pas d’homme résolu,
A tes promesses pleins les poches.
De la mousse à la goutte
C’est comme la clef du sésame,
Jusqu’au dernier pour la route !
Allons, femme, c’est pas un drame !
Pis faut dire que j’ai abusé,
A rentrer toujours rance.
Oh ! Qu’elle pleurait… qu’elle hurlait..
Je lui ai collé quelques danses.
Un jour, elle a tracé sa route
Avec le môme et ma fierté.
Accoudé au zinc, je me dégoûte.
C’est bonne raison d’écluser…
Des fois, je rêve d’un petit boulot.
Un truc simple, un plan michto.
Mais pas de gonzesse, pas de mélo,
Vu qu’en amour, j’ai eu ma Bardot.
2010
beasyma